Visite des Sénateurs socialistes au Centre de Rétention Administrative (CRA)

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À Rennes, « le centre de rétention est plein »

QUOTIDIEN OUEST-FRANCE
vendredi 12 janvier 2018
635 mots
Les sénateurs socialistes, Sylvie Robert et Jean-Louis Tourenne, ont visité le Cra de Rennes, hier matin. – Crédit Ouest-France

En France, les centres de rétention qui accueillent les étrangers en situation irrégulière affichent complet. Exemple dans la capitale bretonne, lors d’une visite de deux sénateurs.

Reportage

Deux hommes, en pantalon de sport, font le tour du terrain de football en courant, un autre joue au basket. Un peu plus loin, des jeunes hommes tuent le temps, à l’abri, dans une salle du centre de rétention administrative (Cra) de Saint-Jacques-de-la-Lande, aux portes de Rennes. Le lieu qui compte cinquante-six places – dont quarante-six pour les hommes -, reçoit des étrangers en situation irrégulière.

« Là-bas, c’est le bâtiment des familles. À côté, celui des femmes, séparé des autres. Et ceux des hommes, détaille le chef de centre, un capitaine de la police aux frontières. Le réveil sonne à 7 h. De 9 h à 11 h, les retenus ne peuvent pas rentrer dans leurs chambres. Tout est nettoyé. Il faut de bonnes conditions d’hygiène. »

« Je veux faire ma vie ici »

Une des priorités des policiers est d’assurer la sécurité à l’intérieur du Cra et d’empêcher les évasions. Des mesures ont été prises : grillages renforcés, barbelés, détecteurs de présence et, bientôt, des filets pour éviter de parachuter des objets. « Il y a eu une évasion en décembre. Lors de fouilles, on a retrouvé un chalumeau, une pince coupante », s’inquiète le capitaine.

Chaque jour ou presque, des étrangers sous le coup d’une reconduite à la frontière sont transférés au Cra de Saint-Jacques, le seul centre dans l’Ouest. En 2016, selon la Cimade, association présente sur place pour les aider, 24 % ont été expulsés hors de France. D’autres, remis en liberté par le juge des libertés et de la détention, sortent. D’autres encore, qui ont passé quarante-cinq jours en rétention (la durée maximale), sont libres et ont quelques jours pour quitter la France.

C’est le cas de ce jeune Marocain, en France depuis trois ans : « Je vais retrouver ma copine à Rennes. Je veux faire ma vie ici. » Ses quarante-cinq jours au Cra ? « Ça va, dit-il, bonnet sur la tête, en haussant les épaules. C’est stressant. »

Un autre, visage juvénile, raconte qu’il a été interpellé à la sortie des Restos du coeur à Rennes« Je suis Palestinien, en France, depuis six ans. Je vis grâce à l’aide de mes amis. » Plus loin, un jeune Afghan a été arrêté la veille au port de Cherbourg, dans la Manche, alors qu’il tentait de rejoindre l’Irlande.

« La rétention doit rester l’exception »

En 2017, 1 069 personnes ont été placées au Cra dont vingt-deux femmes et trois familles. Depuis l’attentat de Marseille, en octobre (l’assaillant sans papiers aurait dû se retrouver dans un Cra et non laissé en liberté), le taux d’occupation a fortement augmenté. « Les Cra sont pleins, confirment Camille Jacquot et Paul Chiron, de la Cimade. Les préfectures cèdent à la politique de l’enfermement. »

À l’intérieur, il y a parfois des conflits entre communautés, mais aussi « beaucoup de détresse ».

Hier, deux sénateurs socialistes d’Ille-et-Vilaine ont visité le centre à l’improviste. « C’est un lieu oppressant, une prison à ciel ouvert, commentent Sylvie Robert et Jean-Louis Tourenne. La rétention doit rester l’exception dans notre pays qui a une tradition d’accueil, dans la dignité. »

Nathalie FLOCHLAY.

By | 2018-01-12T10:39:01+00:00 12/01/2018 |Categories: Photos, Sur le terrain|Tags: , , , , , , |