Je visite régulièrement le centre pénitentiaire de Rennes-Vezin dans le cadre de mon mandat parlementaire. À chaque visite, le même constat s’impose : la situation se dégrade, et rien ne vient l’enrayer.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Au 9 janvier 2026, le centre pénitentiaire de Rennes-Vezin accueillait 931 personnes pour une capacité théorique de 600 places, soit un taux d’occupation supérieur à 140 %, largement au-delà du seuil de criticité. Depuis lors, la situation a encore empiré, avec un taux de remplissage qui atteint désormais 144 %. Des cellules conçues pour une ou deux personnes en hébergent trois ou quatre, avec des matelas au sol faute de lits disponibles.

Cette réalité rennaise s’inscrit dans une crise nationale. Au 1er mars 2026, les prisons françaises comptaient 87 126 détenus, un nouveau record, avec un taux de suroccupation globale de 137,5 % et jusqu’à 168,4 % dans les maisons d’arrêt. Par rapport à février 2025, les prisons comptent 5 046 détenus de plus, pour seulement 1 643 places opérationnelles supplémentaires. Les annonces de construction de nouvelles places ne suffisent pas à combler un gouffre que l’on creuse chaque année davantage.

La surpopulation dégrade tout

Ce que j’observe à Rennes-Vezin, c’est l’effet en cascade d’une surpopulation qui n’est plus gérable : les conditions de vie des personnes détenues sont indignes, l’accès aux soins est insuffisant, en particulier pour la santé bucco-dentaire et la santé mentale, les activités et l’accompagnement à la réinsertion sont réduits à la portion congrue, et les personnels pénitentiaires sont épuisés. Plusieurs suicides ont été recensés au cours de l’année écoulée, du jamais-vu à Rennes-Vezin.

J’ai interpellé le Garde des Sceaux sur l’installation de filets anti-projections, réclamée depuis mars 2025 et toujours en attente. J’ai alerté la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté sur l’aggravation de la situation entre ma visite de mars 2025 et celle de janvier 2026. Et j’ai écrit à la Ministre de la Santé pour exiger des réponses concrètes sur l’accès aux soins, dont le sous-dimensionnement est criant au regard de la population réellement présente dans l’établissement.

Le plan « zéro téléphone portable » : une bonne intention, un risque réel

Rennes-Vezin est l’un des six établissements sélectionnés pour expérimenter le plan « zéro téléphone portable » voulu par le Garde des Sceaux. L’objectif de sécurisation est légitime. Mais déployé sans renfort humain suffisant, dans un établissement déjà saturé, ce plan fait craindre une aggravation des tensions : effets de sevrage brutal pour des détenus largement consommateurs de stupéfiants, réduction de 40 % de la luminosité dans certaines cellules suite au renforcement des fenêtres, et absence de moyens médicaux et psychologiques supplémentaires pour accompagner ces évolutions. Ajouter une contrainte à une cocotte-minute, c’est prendre le risque d’en faire le détonateur.

Cette situation n’est ni nouvelle ni acceptable. Elle résulte d’un manque chronique de moyens, d’anticipation et de décisions structurelles. Le respect de la dignité humaine et des conditions de travail des personnels pénitentiaires ne peut pas être une variable d’ajustement. Il est urgent que l’État prenne ses responsabilités, sur les filets anti-projections, sur l’accès aux soins, sur la surpopulation elle-même.

Je continuerai à visiter cet établissement, à alerter les autorités compétentes, et à porter ce dossier avec détermination.