J’ai visité aujourd’hui le centre de santé participatif de Villejean-Beauregard, à Rennes. Une visite qui n’est pas anodine : elle intervient dans un contexte de vive inquiétude pour ces structures, et quelques jours après le courrier que j’ai adressé à la Ministre de la Santé Stéphanie Rist pour alerter sur leur situation.
Un modèle qui fait ses preuves
Ce que j’ai vu à Villejean-Beauregard confirme ce que je savais déjà : ces centres font un travail remarquable. Équipes pluridisciplinaires associant médecins, infirmiers, médiateurs en santé, travailleurs sociaux. Une prise en charge globale de la personne, intégrant soins médicaux, prévention, accompagnement social. Une gouvernance participative qui implique les habitants eux-mêmes dans la vie de leur centre de santé. Dans les quartiers prioritaires où ils s’implantent, les habitants présentent un état de santé plus dégradé que la moyenne nationale. Ces centres sont précisément là pour répondre à cette réalité.
Une menace brutale et incompréhensible
Le 29 janvier dernier, le gouvernement annonçait la fin de l’expérimentation SECPA, Structures d’Exercice Coordonné Participatives, et l’arrêt des financements qui y sont associés à compter du 30 avril. Pourtant, en 2025, le Conseil stratégique de l’innovation et de la santé avait voté à l’unanimité pour leur entrée dans le droit commun. Cette décision représentait pour les centres rennais du Blosne et de Villejean-Beauregard une perte de près de 40 % de leur budget annuel, une menace directe de fermeture, et avec elle, la mise en péril de l’emploi de toutes les équipes qui y travaillent.
J’ai immédiatement interpellé la Ministre par courrier, en pointant le caractère paradoxal d’une telle décision : arrêter sans transition une expérimentation évaluée positivement, sans dispositif de relais défini, sans calendrier clair, et sans garantie pour les populations qui en dépendent, c’est aller à rebours de tout ce que nous défendons en matière d’accès aux soins et de lutte contre les inégalités territoriales de santé.
Une première victoire, mais la bataille continue
La mobilisation a porté ses premiers fruits. La Ministre de la Santé a confirmé, dans un courrier adressé aux 26 structures engagées dans l’expérimentation, que leur pérennisation financière serait pleinement garantie en 2026. Le financement issu du fonds d’innovation du système de santé, qui devait s’arrêter fin avril, sera finalement prolongé jusqu’au 31 octobre, avant d’être soumis à un financement complémentaire jusqu’à fin décembre. Un espace de travail a également été ouvert pour construire le dispositif d’entrée dans le droit commun au-delà de 2026.
C’est une première victoire, et je m’en réjouis. Mais le maintien annoncé ne porte que sur l’année 2026, sans visibilité à moyen ou long terme pour les équipes concernées. Ce n’est pas suffisant. Ces centres ont besoin de stabilité, pas de sursis renouvelés d’année en année. Au-delà de 2026, la pérennisation devra passer par une mesure législative, afin d’ancrer ces structures dans la durée, avec un cadre juridique et financier de long terme adapté aux besoins des territoires.
C’est ce combat que je continuerai à mener, pour les équipes, pour les habitants de Villejean, du Blosne et de tous les quartiers populaires qui ont besoin de ces centres pour accéder à des soins dignes et adaptés.

