J’ai co-organisé hier à Rennes, avec Loïg Chesnais-Girard et la Région Bretagne, une rencontre inédite réunissant acteurs politiques, journalistes, régulateurs et professionnels des médias autour d’une conviction simple et fondamentale : sans médias locaux solides, pas de démocratie locale robuste.
Un écosystème riche, mais fragile
La Bretagne n’est pas un territoire comme les autres en matière d’information. Avec 164 rédactions et 1 471 journalistes encartés, elle affiche le taux le plus élevé de France rapporté à la population. Un écosystème vivant, pluriel, ancré dans les territoires mais sous pression constante.
Car les menaces sont réelles. La presse cumule les charges de Gutenberg et la concurrence de Zuckerberg : elle doit maintenir une infrastructure de production coûteuse tout en faisant face à des plateformes numériques qui captent désormais plus de 70 % des revenus publicitaires en ligne. Pendant ce temps, les droits voisins, censés rééquilibrer ce rapport de force, peinent à tenir leur promesse : 21,4 millions d’euros ont été collectés en 2025 par l’organisme DVP, qui alerte néanmoins sur des « signaux d’alerte sur l’équilibre du modèle » et des difficultés croissantes dans les négociations avec les plateformes. Et côté aides publiques, le budget 2026 prévoit de réduire de moitié les aides essentielles aux médias locaux via le Fonds stratégique pour le développement de la presse.
Les télévisions locales, elles, restent l’angle mort de toutes ces politiques : aucun soutien d’État pérenne, pas d’accès aux droits voisins. Un vide que nous devons combler.
Ce que nos échanges ont mis en lumière
La richesse de cette journée, c’est la franchise des échanges, entre journalistes, élus, régulateurs, éditeurs. Ce que j’en retiens : la confusion entre information, communication et influence mine profondément la confiance des citoyens. L’accès aux sources se complique, les institutions filtrent, les intermédiaires s’imposent. Et pendant que les plateformes captent l’essentiel de la valeur, les rédactions de terrain se fragilisent.
Comme l’a dit Loïg Chesnais-Girard avec justesse : « On s’engueule avec méthode, c’est ainsi que la Bretagne fait tenir son pluralisme. » C’est exactement ça. Ne nous trompons pas d’adversaire : le vrai combat n’est pas entre acteurs locaux. Il est face aux géants qui aspirent la valeur sans nourrir le terrain.
Ce que nous pouvons faire, maintenant
De cette journée sont sortis des engagements concrets : mieux documenter la valeur produite par les médias locaux en termes d’emplois, de productions et d’impact citoyen ; porter un plaidoyer commun pour la transparence sur les droits voisins et la reconnaissance des télévisions locales ; promouvoir les standards de qualité journalistique portés notamment par la Journalism Trust Initiative de Reporters sans Frontières ; développer l’éducation aux médias avec les établissements scolaires ; et continuer à diversifier les modèles économiques.
Je remercie chaleureusement tous les participants pour leur franchise et leur engagement, journalistes, éditeurs, régulateurs, élus, et la Région Bretagne pour son soutien. Ces débats sont indispensables. Je continuerai à les porter au Sénat.


