Comment ne pas être profondément troublée par l’éviction brutale d’Olivier Nora qui dirigeait la maison d’édition Grasset ? Plus de 100 auteurs, dans une lettre collective, ont dénoncé les « atteintes inacceptables à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création », refusant la « guerre idéologique pour imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias ».

Au niveau législatif, nous pouvons avancer afin de mieux protéger les auteurs en cas de changement radical dans la ligne éditoriale de leur maison d’édition, en leur reconnaissant une clause de conscience, sur le modèle de ce qui existe pour les journalistes. Bien sûr, la concertation est indispensable, car il faut aboutir à une mesure robuste juridiquement.

Plus largement, la table ronde de la commission de la culture du Sénat s’est penchée sur la filière du livre et sur la place de la lecture dans notre société.

Les constats sont alarmants et pour certains connus : précarisation des auteurs, fragilisation des libraires, disparités dans l’édition sur fond de concentration économique, pillage des contenus par l’IA et concurrence faussée des plateformes.

Récemment étayé par une étude du Centre national du livre, le déclin généralisé de la lecture est un symptôme terrible de la prédominance des écrans et du numérique dans notre quotidien. Collectivement, nous sommes en train de perdre la bataille de l’attention.

Réenchanter le désir de lecture, et plus globalement de culture, nécessitera, a minima, d’élaborer des politiques publiques cohérentes sur la durée, avec des budgets préservés. 

Il n’est pas possible d’ériger la lecture en grande cause nationale en 2021/2022 et, 4 ans plus tard, rogner les crédits qui soutiennent son développement dans tous les territoires. 

Enfin, je n’ai pu que regretter vivement l’absence des bibliothécaires et de Association des bibliothécaires de France à cette table ronde, les bibliothèques étant le premier équipement culturel en France et un partenaire de tous les acteurs de la filière du livre.

Place désormais au Festival du Livre de Paris pour replacer le livre au cœur de nos habitudes.