Pourquoi supprimer le Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle serait une très mauvaise idée
Cette instance créée en 2005 rassemble acteurs du monde culturel et de l’enseignement et valorise une éducation artistique de qualité, auprès des collectivités territoriales notamment. Mais le Sénat a voté sa suppression en première lecture fin janvier… Explications.
La simple volonté de mettre fin à cet organisme consultatif a déjà suscité des réactions d’incompréhension, voire d’indignation. Photo JazzIRT/Getty Images
Publié le 10 février 2025 à 17h00 – Télérama‘
En vingt ans d’existence, il a réussi à imposer une idée-force : la nécessité de généraliser la place des arts et de la culture à l’école. Créé en 2005, le Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle (HCEAC) pourrait pourtant vivre ses derniers instants en 2025. Le 30 janvier, les sénateurs ont adopté en première lecture une proposition de loi de la sénatrice Nathalie Goulet (Union centriste) visant à le supprimer en raison de son inutilité supposée – comme neuf autres instances, parmi lesquelles le Conseil stratégique de la recherche ou le Conseil national de la gestion des risques en forêt.
Si ce vote au Sénat doit encore recueillir l’assentiment des députés à l’Assemblée, la simple volonté de mettre fin à cet organisme consultatif a déjà suscité des réactions d’incompréhension, voire d’indignation. Dans un communiqué, Nathalie Lanzi, élue socialiste au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, s’est insurgée contre ce qu’elle considère comme « un signal très inquiétant » pour le développement de l’éducation artistique.
Charte fondatrice
Constituée de trente membres, cette instance collégiale qui réunit artistes, élus, chercheurs, représentants du milieu éducatif et des membres de l’administration est présidée depuis sa création par les deux ministres de l’Éducation et de la Culture, et animée depuis 2013 par le recteur de l’Académie de Bretagne, Emmanuel Ethis. Chargée de définir les orientations et les priorités en matière d’initiation artistique sur le territoire, ce comité de sages et d’acteurs du monde culturel a élaboré en 2016 une charte fondatrice pour l’éducation artistique et culturelle (EAC) qui énonce et garantit des principes d’équité et d’accessibilité de tous les élèves à une éducation artistique de qualité.
Plusieurs recommandations ont par ailleurs été précisées par le HCEAC : présence des artistes dans les classes, développement de projets culturels dans les établissements des premier et second degrés – ateliers d’écriture avec des artistes-auteurs, interventions de compositeurs de musique ou de plasticiens, élaboration d’œuvres participatives sous l’égide d’artistes renommés –, généralisation des sorties éducatives dans les lieux de sociabilité et de culture : théâtres, musées, médiathèques… Autant de préconisations destinées à réaffirmer qu’une ambitieuse politique publique d’éducation artistique contribue à l’épanouissement des enfants et à l’émancipation des jeunes esprits.
Comment alors comprendre ce soudain revirement des pouvoirs publics ? « J’espère beaucoup que cette proposition de loi ne sera pas reprise à l’Assemblée ! », nous déclare la sénatrice Sylvie Robert, qui a été l’une des rares voix dans l’hémicycle à s’être opposées avec vigueur à ce projet de suppression du HCEAC. Membre de la commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport du Sénat depuis dix ans, l’élue parlementaire (Parti socialiste) assure que le Haut Conseil est « une instance qui a été très active et qui continue de l’être aux côtés des collectivités territoriales pour valoriser et accompagner l’éducation artistique et culturelle ». Il est irresponsable, insiste-t-elle, de vouloir mettre fin aux activités de la seule instance nationale de concertation en matière d’éducation artistique : « Vouloir remettre en question les projets éducatifs et artistiques, au collège et au lycée, quand un certain nombre de villes font l’effort de financer des initiatives dès l’école primaire, comme à Clermont-Ferrand par exemple, c’est inadmissible. Il ne faudrait pas stopper une telle dynamique, mais au contraire l’encourager. »
L’ancienne chargée de mission au cabinet Culture d’Aurélie Filippetti se dit persuadée que de renoncer à l’art et à la culture dans les apprentissages élémentaires aurait des conséquences néfastes pour l’ensemble de la société : « Le Haut Conseil a infusé partout cette idée que l’éducation artistique et culturelle est un élément essentiel qui participe de l’émancipation individuelle et collective de notre société de demain. Le développement de l’EAC doit commencer à l’école, pour toucher tous les enfants d’où qu’ils viennent. C’est l’un des fondements indispensables de notre démocratie. »